
Où donc commence l’Orient de Marcel Khalifé et où se termine-t-il ? Une chose est sûre, il ne se limite pas aux frontières que la géographie a bien voulu lui concéder.
Le nouveau défi que s’est imposé le musicien libanais pour son 17e album ? Réorchestrer dans une version symphonique les classiques de notre héritage musical, rien de moins. Musique arabe ? Pas seulement, quand on sait qu’il s’est également « attaqué » à des longas et à des bacharef turcs. Il rétorquera à qui s’en étonne en lui rappelant le titre de son album que « La Turquie est au cœur de l’Orient ». De prime abord, l’auditeur est jeté dans la sphère « démentielle » des archers, flûtes et autres trompettes de l’Orchestre Philarmonique Italien et de la chorale qui l’accompagne. A nous alors de nous laisser aller dans un jeu amusant de devinettes. On essaiera de reconnaître à travers ces mouvements improbables un « Ah ya zine » ou un « Atr Ennada » pas toujours faciles à saisir dès les premières notes mais dont la nouvelle version nous enchante.
Cependant, dans cette croisée des chemins, c’est incontestablement le ‘oud qui brille par son absence. Ses admirateurs se sont habitués à toujours voir Marcel Khalifé accompagné de son instrument fétiche ; ils ne laisseront pas de s’étonner de cette nouvelle surprise qu’il leur a réservée. On aura beau tendre l’oreille, aucune note, pas la moindre caresse. Le DVD éponyme immortalise ce spectacle donné au Théâtre Piacenza. On y verra le compositeur libanais, au premier rang des spectateurs, céder le premier rôle sur scène au chef d’orchestre suisse Karl Martin. Tentative de prendre du recul par rapport à la scène ? De se mettre à la place du public ? Qu’importe au fond si l’empreinte du musicien reste toujours perceptible.
Mais au-delà des notes, des voix, faudra-t-il tenter de mettre un frein au vertige entraînant de la musique pour la penser ? L’interpréter ? Difficile d’y résister quand la voix du Soprano Akiko Koga se détache de l’ensemble de la chorale -allégorie de la douleur- pour un solo dont la brièveté n’altère en rien la puissance. Un cri qui monte, c’est peut-être aussi, quelque part, un espoir qui émerge au-dessus d’une réalité bien triste. D’où le sentiment pour le compositeur d’avoir trouvé refuge dans le monde de la musique, seul espace où il avoue se sentir libre.
Le défi d’une adaptation symphonique des classiques de la musique arabe a été relevé. Il laisse néanmoins l’auditeur sur sa faim et l’incite à en redemander davantage. L’inspiration de Marcel Khalifé, aussi étendue que ce Sharq dont il chante les louanges, n’aura pas fini de nous ensorceler.



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