lundi 17 mars 2008

Anouar Brahem Trio au Théâtre Agora d’Evry : « Le Voyage » continue…


D’aucuns regrettent encore l’époque où Anouar Brahem chantait sur les airs qu’il composait. Mais à l’entendre aujourd’hui, on est presque tenté de répondre : à quoi lui servirait-il de chanter puisque sa musique parle pour lui ?

Entrée fébrile au Théâtre Agora d’Evry qui célèbre pendant une semaine de Vagamondes (15-22 mars) les arts tunisiens (musique, théâtre, danse…). Anouar Brahem, accompagné de François Couturier au piano et de Jean-Louis Matinier à l’accordéon, assure l’ouverture en interprétant plusieurs morceaux de son dernier opus, Le Voyage de Sahar. Que vient-on chercher dans un concert de musique instrumentale ? L’horizon d’attente n’est pas très large ; l’émotion en est plus vive, la musique plus poignante.

Sous des lumières feutrées, les trois complices revisitent les pistes de l’album en laissant libre cours à leurs doigts et à leur imagination, offrant chaque fois au public des improvisations uniques, qui rivalisent de fantaisie et d’originalité. C’est alors que l’on découvre comment Brahem retravaille le jeu du ‘oud, lui donne un nouveau visage, explore son champ musical, le mariant avec harmonie à des instruments aussi peu orientaux que le piano ou l’accordéon. On sera de même initié, grâce au concours de Matinier, à des sons qu’on a rarement eu l’occasion d’entendre émerger d’un accordéon et l’on découvrira avec un plaisir certain un piano qui passe des sonorités orientales de Halfaouine jusqu’à des improvisations qui frôlent la musique classique. Car elle est là toute la magie du concert d’Anouar Brahem : cette impression renouvelée de découvrir des morceaux que, pourtant, on connaît déjà. Le plaisir du luthiste quant à lui est contagieux : en le regardant jouer, en suivant le jeu des regards, les gestes esquissés, on sent la complicité qui unit les trois musiciens et on sent tout le bonheur qu’il éprouve dans l’interprétation.


Mais un concert reste toujours une communion entre un artiste et son public et, sur ce point, on peut dire qu’Anouar Brahem a eu le public qu’il méritait. Attentifs, saisis, captivés, les spectateurs du Théâtre Agora étaient de ceux qui laissaient le temps à la musique de s’estomper, écoutaient patiemment s’évanouir les dernières notes de chaque morceau, fébriles, résonnant dans le vaste espace de la salle. Ne pas applaudir, pas tout de suite. Marquer la fin de chaque morceau par quelques secondes de silence religieux, de ceux qui prennent le temps de bien assimiler toutes les émotions que cette musique leur a fait traverser avant d’en ovationner les interprètes.

Applaudissements à tout rompre, des « bravo » et des « merci » fusant de partout, enthousiasme débordant, Anouar Brahem et ses musiciens avaient enchanté le public ce soir-là, revenant deux fois sur scène pour répondre à la standing ovation et aux rappels de cette assistance qui le leur rend bien. Le temps de passer en revue les meilleurs moments du concert, d’imprégner sa mémoire de quelques bribes de mélodie, de quelques images, puis sortir, se mêler à la foule et recueillir ici et là, à la volée, les impressions d’un public assez hétérogène. Les impressions du spectacle se confirment, le public, connaisseur, est conquis. Le ‘oud d’Anouar Brahem est célébré, son nom revient sur toutes les lèvres pour souligner la maîtrise du jeu et l’originalité de la démarche.

Sahar a posé ses bagages à Evry, le temps d’un concert. Elle reprendra sa route demain, pour conquérir d’autres mélomanes. Le voyage musical d’Anouar Brahem non plus n’a pas touché à sa fin.

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