samedi 21 juin 2008

Chroniques radiophoniques : suite (16/06/07)

Que faut-il à la jeunesse tunisienne pour être heureuse ? A en croire l’association qui a fait de cette question son mot d’ordre –à savoir « Farhet Chabab Tounes »- pas grand-chose : un concert de quelques figures « rotanesques » par-ci, une émission de télé-réalité par-là et le tour est joué. Pas très exigeante cette jeunesse…Envers qui le serait-elle d’ailleurs maintenant qu’on lui signifie clairement qu’il suffit d’envoyer un SMS ou de se trémousser un peu devant la caméra pour décrocher le jackpot ? Elle se contente d’y lire un message déstabilisant de clarté : plus besoin de suer ni de « mourir pour des idées » quand tout est à portée de main…et si facile à obtenir.

Pourtant, à la marge du système en place, une autre jeunesse est là. Ne trouvant pas ses repères entre un art qui tangue de plus en plus vers le commercial et une tendance à l’autarcie culturelle qu’elle ne veut nullement adopter, elle prend la source de son anti-conformisme et la pugnacité de son combat dans les standards que sa voix, encore inexperte mais raffermie par la volonté de faire ses preuves, reprend inlassablement. De Marcel Khalifé à Hédi Guella en passant par Cheikh Imam, ce sont ces mêmes airs entonnés par ses aînés –il y a 20, 30 ans ou même plus- que s’approprie cette jeunesse en mal de modèles vivants mais bien déterminée à créer une alternative au statu quo et à la culture de la musique qu’on consomme plutôt qu’on ne savoure.

C’est d’ailleurs fidèle à cette ligne de conduite que s’inscrit l’hommage qu’on organise annuellement à Cheikh Imam et qu’on attend impatiemment cette année encore ; un rendez-vous à ne pas manquer pour les amoureux de la culture alternative, où plusieurs générations se côtoient sur scène et se passent le flambeau en reprenant les classiques de ce grand artiste qui font encore vibrer les murs de la salle à l’ambiance intime d’El Teatro. Mais après s’être délecté des chansons de Cheikh Imam reprises sur un air de guitare et avant d’en arriver –faute de nouvelles créations- à chanter du Bob Dylan ou du Joan Baez sur un air de ‘oud, il devient indispensable pour ces jeunes talents de conjuguer leurs efforts et de donner un nouvel essor à leurs textes et à leur musique. A l’heure où l’on bénéficie d’un grand héritage culturel et où l’on a vu nos prédécesseurs partir de rien pour instaurer de grandes traditions dans le domaine, il est difficile de s’expliquer cette accalmie créative qui nous pousse à aller chercher chez les autres ou dans notre passé ce que nous pourrions créer par nous-mêmes. Et c’est là loin d’être l’affaire d’un individu mais la responsabilité de toute une génération à qui il tarde précisément de laisser son empreinte dans le nouveau paysage artistique et culturel. Sans cesser le combat, qu’elle se rassure toutefois par ces mots de Baudelaire : « Puisque tous les siècles et tous les peuples ont eu leur beauté, nous avons inévitablement la nôtre. Cela est dans l’ordre ».


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3 commentaires:

The Dreamer a dit…

Bon tu as raison !
Ce post est loin du raffinement du dernier post sur RTCI cependant tu traduis une certaine frustration d'une jeunesse, une alternative c'est à nous jeunes que nous devons créer, il y aura certainement de nouveaux cheikh imam . Je me permets de te poser une question pourquoi on te donne pas la parole sur tes propres écris ça serait plus charmant ?
En attendant un de tes posts !!!

Sarra Grira a dit…

Quand Habib Belaid m'a proposé de rédiger ces chroniques qui seraient lues durant ses émissions, on avait convenu qu'il me prêterait sa voix (très belle par ailleurs) pour les lire et ça m'allait très bien comme décision. Il m'importait plus que mes écrits soient lus d'une manière aussi agréable et soignée qui mettrait en exergue le motif de tels propos que d'être en première ligne; mon nom était cité à chaque fois, une belle diction, un fond musical signé Marcel Khalifa, qu'avais-je à demander de plus?
Pour le changement de ton, là aussi, c'est la ligne éditoriale que je m'étais choisie: j'avais demandé carte blanche pour les sujets à traiter et je l'ai obtenue. D'où la diversité des sujets et du style, parfois "raffiné" comme tu le dis si gentiment, parfois beaucoup plus acerbe ou révolté (et tu constates comme moi qu'il y a de quoi!).
Merci pour l'intérêt en tout cas, à très bientôt!

Badiâa بديعة a dit…

Je viens d'écouter ta dernière chronique à propos du Trio Joubran et je suis ravie que tu vas continuer cette belle expérience cet été aussi..Bravo!!