Bienvenue. Le mot est de trop. Spectateur, tu entres de plain-pied au milieu des ruines de Beyrouth 2006.
Chaos. Deux hommes sur scène. On vous les disait musiciens, vous vous attendiez à un concert. Ils vous offrent un spectacle vivant.
Phrases déversées dans un rythme instable, un piano qui émet des sons qui lui sont presque étrangers. Derrière, le bruit des avions, des bombes qu'on largue, des sirènes qui hurlent.
Dans une cadence dont le flot des mots est volontairement aléatoire, effets sonores à l'appui, Bachar Khalifé énonce un texte qui relève de la poésie en prose. De l'autre côté de la scène, son frère Rami, debout, se déchaîne sur son piano, pour les cinq périodes que durera cette "composition aléatoire". Ils ne s'échangent même pas un regard, juste le même sentiment d'être prisonnier d'une sphère démentielle -sentiment qu'ils transmettent au public- et le bruit des bottes qui rythme la cadence...
Quelques minutes plus tard, à peine remis de ses émotions, les polyphèmes de Zad Moultaka reprennent le public en otage. Percussions, jeux d'ombre et de lumière...Le public n'observe pas, il sursaute, trinque à son tour dans cette guerre qu'il avait jusque-là suivie sur l'écran lisse de sa télé. L'intervention est courte mais efficace. Certains diraient chirurgicale. Comme des polyphèmes.
Et quand Yalda Younes monte sur scène, ses pas trahissent une démarche de danseuse, ses chaussures celles d'une flamenca. Une flamenca qui, au lieu du son de la guitare, danse sur le bruit des bombes. Prisonnière d'un carré de lumière, elle y évolue par une chorégraphie dont les gestes violents marquent toute la révolte d'un être décidé malgré tout à vivre et à narguer son opresseur qu'elle ne cesse de défier du regard. Décidée à vivre jusqu'à ce qu'on décide pour elle, qu'on étouffe ses pas de flamenca qui tapent du pied sur la scène. Jusqu'à ce qu'elle s'estompe, fantôme bleuâtre, dans le vide du souvenir; souvenir de ces âmes volées qui volent à leur tour au-dessus des ruines...
Le mot de la fin? Il n'y est pas. Le public attendra avant d'applaudir. Attente fébrile. Espoir. Comme celui que l'on nourrit au lendemain d'une guerre qui se termine. Rebirth. Jusqu'à la prochaine...



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