lundi 17 novembre 2008

Respirer un air de musique

Le rendez-vous a été pris sur la plus belle avenue du monde pour une après-midi qui ne le serait pas moins. Sous le ciel grisonnant de Paris, Skander se frayait un chemin au milieu de la foule, guitare au dos. Rejoint peu de temps après par Sana. L’équipe était au complet. Cap chez Riadh.

Le duo du groupe tunisien Samsa s’apprêtait en cette après-midi de la mi-novembre à donner un concert privé pour un public spécial et connaisseur. Leur hôte et principal spectateur nous accueillait en bas de son immeuble. Pour quelqu’un qui n’était pas dans la confidence, rien dans l’attitude de Riadh ne laissait planer le moindre soupçon.

Si le tandem se déplace en effet chez lui c’est parce qu’il ne peut pas assister aux concerts. Riadh Haddad, la trentaine, est cardiaque et sur liste d’attente pour une greffe de cœur. Vivant à Paris, il fait de son combat contre la maladie une lutte permanente et a réussi à porter cela au niveau d’une association qu’il a créée, AMIIRAL. Mais pour l’heure, il n’est pas question de militantisme mais de musique et d’amitié.

Pour cette petite soirée qu’il voulait mémorable, et elle le fut pour tous ceux qui étaient présents, Riadh avait réuni autour de lui ses proches et ses amis, dans l’intimité de son salon. La caméra était prête à filmer pour immortaliser l’instant. Le temps de faire les présentations et de s’installer et on se sentait déjà chez soi.

Mélomane invétéré, Riadh était de partie sur toutes les chansons, apprenait le refrain de celles –rares- qu’il ne connaissait pas et entraînait toutes les voix présentes pour accompagner Skander et Sana au chant. Avant que ces deux derniers n’attaquent leur propre répertoire, l’assistance a vu naître en direct une reprise du très émouvant « Ya Tayyeb » de Angham que Sana et Riadh avaient interprété en duo avec la complicité de Skander qui convertissait la mélodie au son de la guitare. Suivirent des chansons de Samsa, des reprises de Hédi Jouini et j’en passe. Bonheur de la technologie : depuis Tunis, et malgré une qualité de transmission assez modeste, les deux sœurs de Riadh ainsi que sa nièce nous accompagnaient, par écrans interposés. D’autres amis vinrent grossir les rangs plus tard. La guitare de Skander Guetari est passée de main en main et la voix de Abir Nasraoui vint à un moment se mêler à celle de Sana Sassi. Le tout dans la convivialité d’un appartement parisien.

Difficile d’oublier le regard de Riadh au moment de se dire au revoir (mais l’on se promettait de rester en contact). Il avoua par la suite que pour la première fois de sa vie, il avait pu passer autant de temps sans avoir recours à la bouteille d’oxygène qui ferait partie de son quotidien jusqu’à ce que la greffe, que nous souhaitons très prochaine, l’en délivre. L’aveu me renvoya à la phrase qu’il avait lancée, l’air de rien, quelques moments auparavant : « ce soir, la musique est mon oxygène !».

Apporter du bonheur à quelqu’un ne coûte rien, pour peu que la bonne volonté y soit. De la musique, des sourires et voilà une rencontre qui restera dans les esprits pendant longtemps. Riadh de son côté n’en démord pas. Actif au sein de son association, il prépare déjà un concert pour le 14 décembre pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes (et notamment de tunisiens résidant à Paris) aux problèmes cardiaques et à la nécessité du don d’organes. En attendant, il n’y a pas que la médecine qui soit capable de faire des miracles. La musique n’est pas en reste.