
Le résultat avait été à peine annoncé que le livre était épuisé dans les rayons des librairies. Il faut dire que le jury du Goncourt a opté pour l’originalité cette année : récompenser un écrivain afghan, Atiq Rahimi, installé en France depuis vingt ans et qui signe ici, avec ce double titre significatif, son premier livre en français.
C’est le roman de l’attente et du doute. De l’espoir et de l’exaspération. D’une femme qui veille jour après jour au chevet d’un mari qu’elle décrit comme un « cadavre vivant », blessé au front par une balle qui est toujours logée dans sa nuque. Sent-il quelque chose ? Entend-il ? Son épouse, elle, en est persuadée et en viendra à déverser petit à petit sur lui un flot de confidences. Elle le prend pour sa « syngué sabour », sa pierre de patience qui, selon la mythologie persane, recueille les confessions des malheureux et des désespérés jusqu’à ce qu’elle finisse par éclater, les délivrant ainsi de leurs maux. Durant ce monologue qui s’égraine sur plusieurs jours, elle sent monter en elle la frustration des mots tus, indéfiniment refoulés, de son enfance lointaine et de ses dix années de mariage. Cette parole, longtemps prisonnière entre l’étau du père et du mari, est enfin révélée. Un récit en crescendo qui tient en haleine jusqu’au bouquet final.
Le narrateur meuble l’espace par étapes, dépose un à un les éléments du décor en gardant toujours le meilleur pour la fin. Il y a d’abord cette chambre où la destinée des deux personnages se joue, l’un à force de silence, l’autre en apprenant à prendre la parole. Pour le reste, pour tout ce qui gravite autour, c’est toujours « loin », « quelque part », « là-bas ». La description se fait alors évasive comme une volonté de la part du narrateur de ne pas détourner l’attention de son lecteur. C’est toujours le « peut-être », le ton dubitatif de celui à qui importe peu cette réalité extérieure tellement étrangère. Mais au-delà du roman, Syngué Sabour flirte aussi avec le genre théâtral. La caméra du narrateur ne se balade pas, elle reste braquée sur un lieu unique et ne saisit les bruits contingents que par bribes. Un huis clos désespérant.
Parler à un être vivant mais dont l’impassibilité exaspère, angoisse, déstabilise. Telle est l’histoire de cette femme épuisée qui sent tout lui échapper, jusqu’à son propre corps, ses mains, ses « doigts incertains ». Démantelée, brisée, comme on peut l’être par des années de non-dits et une attente interminable. Tous les repères sont en effet remis en question. L’écoulement du temps ne se compte plus en heures ni en jours mais en souffles et en grains de chapelet. En gestes quotidiens et répétitifs, comme autant de repères auxquels s’accroche le personnage pour ne pas perdre pied. Le verbe d’Atiq Rahimi est simple mais raffiné et même le tragique est évoqué dans la subtilité. Une écriture poétique faite d’anaphores et de phénomènes d’écho, de scènes marquantes par la force de leurs détails. Elle compose avec le chaos régnant, peint la déconstruction. Au-dehors, mais tellement présents, les affrontements fratricides marquent le rythme saccadé du récit de la femme. La guerre avec ses horreurs et ses confessions, parfois même sa tendresse. L’anonymat de ses protagonistes. Pour un récit émouvant qui a mérité ces honneurs.
C’est le roman de l’attente et du doute. De l’espoir et de l’exaspération. D’une femme qui veille jour après jour au chevet d’un mari qu’elle décrit comme un « cadavre vivant », blessé au front par une balle qui est toujours logée dans sa nuque. Sent-il quelque chose ? Entend-il ? Son épouse, elle, en est persuadée et en viendra à déverser petit à petit sur lui un flot de confidences. Elle le prend pour sa « syngué sabour », sa pierre de patience qui, selon la mythologie persane, recueille les confessions des malheureux et des désespérés jusqu’à ce qu’elle finisse par éclater, les délivrant ainsi de leurs maux. Durant ce monologue qui s’égraine sur plusieurs jours, elle sent monter en elle la frustration des mots tus, indéfiniment refoulés, de son enfance lointaine et de ses dix années de mariage. Cette parole, longtemps prisonnière entre l’étau du père et du mari, est enfin révélée. Un récit en crescendo qui tient en haleine jusqu’au bouquet final.
Le narrateur meuble l’espace par étapes, dépose un à un les éléments du décor en gardant toujours le meilleur pour la fin. Il y a d’abord cette chambre où la destinée des deux personnages se joue, l’un à force de silence, l’autre en apprenant à prendre la parole. Pour le reste, pour tout ce qui gravite autour, c’est toujours « loin », « quelque part », « là-bas ». La description se fait alors évasive comme une volonté de la part du narrateur de ne pas détourner l’attention de son lecteur. C’est toujours le « peut-être », le ton dubitatif de celui à qui importe peu cette réalité extérieure tellement étrangère. Mais au-delà du roman, Syngué Sabour flirte aussi avec le genre théâtral. La caméra du narrateur ne se balade pas, elle reste braquée sur un lieu unique et ne saisit les bruits contingents que par bribes. Un huis clos désespérant.
Parler à un être vivant mais dont l’impassibilité exaspère, angoisse, déstabilise. Telle est l’histoire de cette femme épuisée qui sent tout lui échapper, jusqu’à son propre corps, ses mains, ses « doigts incertains ». Démantelée, brisée, comme on peut l’être par des années de non-dits et une attente interminable. Tous les repères sont en effet remis en question. L’écoulement du temps ne se compte plus en heures ni en jours mais en souffles et en grains de chapelet. En gestes quotidiens et répétitifs, comme autant de repères auxquels s’accroche le personnage pour ne pas perdre pied. Le verbe d’Atiq Rahimi est simple mais raffiné et même le tragique est évoqué dans la subtilité. Une écriture poétique faite d’anaphores et de phénomènes d’écho, de scènes marquantes par la force de leurs détails. Elle compose avec le chaos régnant, peint la déconstruction. Au-dehors, mais tellement présents, les affrontements fratricides marquent le rythme saccadé du récit de la femme. La guerre avec ses horreurs et ses confessions, parfois même sa tendresse. L’anonymat de ses protagonistes. Pour un récit émouvant qui a mérité ces honneurs.



1 commentaires:
Je t'ai taggué
http://blog-alternatif.blogspot.com/2008/12/tagu.html
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