mercredi 23 juillet 2008

Les Cerfs-Volants de Kaboul

Kaboul, début des années 1970. Amir et Hassan sont deux compagnons de jeu dont la camaraderie n’abolit point les différences sociales qui les séparent. En effet, si Amir est fils d’un riche homme d’affaires afghan, Hassan, son jeune serviteur, travaille avec son père chez celui-ci, condamné à cause de son origine ethnique à la pauvreté et à l’illettrisme. L’enfance jusque-là heureuse des deux amis, entre cinéma, contes et surtout tournois de cerfs-volants, prend cependant fin le jour où Amir commet la pire des lâchetés. Les événements que connaîtra ensuite la capitale afghane, entre coup d’Etat et invasion soviétique, achèveront de les séparer.

Bien des années plus tard, devenu écrivain et installé aux Etats-Unis, Amir croyait cet épisode à jamais enterré jusqu’à ce qu’un coup de téléphone du Pakistan vienne réveiller les vieux fantômes du passé. Afin d’expier ses fautes, il lui faut revenir à son pays natal, désormais aux mains des Talibans, et faire face aux souvenirs douloureux de la jeunesse.

Poignant à bien des égards, le best-seller de Khaled Hosseini, plusieurs fois primé en France comme aux Etats-Unis, ne laisse point indifférent. Durant ce voyage dans l’espace et dans le temps, le lecteur est confronté à tous les sentiments et découvre tout ce dont l’être humain est capable, des plus nobles agissements aux plus vils. Si l’auteur, expatrié à l’image de son protagoniste aux Etats-Unis, dresse par la réalité sociale et historique de nombre de faits le décor exceptionnel du livre, la trame littéraire, riche en émotions, n’est pas en reste. On y passe en effet du rire aux larmes, de la nostalgie à la rancœur, sans que l’intervention de l’écrivain ne transparaisse ni ne vienne gâcher la spontanéité du récit. Récompensé par une adaptation cinématographique époustouflante, Les Cerfs-volants de Kaboul balaye le paysage afghan des trente dernières années, loin des clichés médiatiques et des raccourcis d’usage. On y découvre notamment le visage de l’Afghanistan ante-Talibans qui semble avoir disparu des annales de l’Histoire. Entre flash backs et narration filée, le livre accroche et se laisse dévorer. Une œuvre simple par sa composition, complexe par ses nombreux soubresauts, poétique et, au-delà de la fabulation romanesque, fidèle au tragique de la vie.


video

jeudi 10 juillet 2008

La perle du Sahel aux abois?

Heureusement que l’été est là ! Les festivals frappent à la porte et rivalisent par leurs programmes, pour le plus grand bonheur des habitants de la ville de Sousse.

Car, qui l’eut cru, mise à part cette période de juillet-août, la perle du Sahel est un véritable désert culturel. A force de vouloir la faire belle pour les touristes de la haute saison, soignant la façade et relookant les rues, on a fait oublier à la ville ses propres habitants. Ceux-ci se sentent aujourd’hui délaissés, aspirant à une vie culturelle qu’il leur tarde de voir fleurir dans leur ville pourtant si vivante pendant l’été. Défaut de programmation intrinsèquement lié à un défaut d’infrastructure et à l’inexistence d’espaces culturels. De nombreuses voix se sont déjà élevées par le passé pour dénoncer la disparition progressive des salles de cinéma, qui a conduit par deux fois au report sinon à l’annulation du FIFEJ (Festival International du Film pour l’Enfance et la Jeunesse), événement phare jusque-là pour les jeunes de Sousse. Aujourd’hui résignées, ces mêmes voix regardent avec effarement s’étendre cette vague de désertification culturelle aux autres espaces de la ville. Le Théâtre Municipal ? Fermé pour restauration, voilà plus d’un an qu’on en attend la réouverture tant promise, retard qui contraint de nombreuses troupes à se détourner de Sousse lors de leurs tournées nationales. Certes, il y a encore le complexe culturel. Mais qui y a mis les pieds une fois se souviendra longtemps des conditions auxquelles on condamne les spectateurs, dans un moment supposé de détente et de divertissement. Etouffant dès les premières chaleurs printanières, glacial durant les soirées hivernales, beaucoup auraient déserté le lieu, n’était l’absence d’alternative.

Car on en vient justement à la programmation. Bien qu’il s’agisse de la troisième ville du pays, un décalage monstre subsiste entre la renommée de Sousse et la réalité de sa vie quotidienne. Une belle ville certes, mais si peu vivante hormis l’été. Le Relais Culturel de l’IFC y est le seul point de rencontre de tous les amoureux de la culture de la ville, renvoyant à un cercle restreint où tout le monde connaît tout le monde. Les mêmes personnes qui assistent aux quelques activités des clubs se retrouveront autour des rares pièces en représentation, souvent de modeste qualité, si bien que les entrées ne sont guère payantes et les invitations y sont monnaie courante. Car pourquoi faire payer alors qu’on peine à intéresser ?

Ville des hôtels et des belles plages au sable doré, est-ce toute l’image qu’on cherche à colporter de Sousse ? Si l’entreprise en séduit plus d’un pour sa dimension touristique, elle n’enchante guère les citoyens eux-mêmes qui finiront par avoir l’injuste sentiment que leur ville ne leur appartient plus. A moins qu’on sache ménager toutes les sensibilités et qu’on veuille bien rendre à la Perle du Sahel tout son éclat.


video

mercredi 2 juillet 2008

Trio Joubran : quand le luth prend le pouvoir

Quand on écoute la musique du Trio Joubran, elle nous apparaît à la fois proche et lointaine. Proche par ses sonorités familières, ses luths, son hospitalité. Lointaine par sa géographie. Le Trio nous vient en effet de Palestine, de Nazareth plus précisément, en Galilée, Terre de prophétie. Et pour arriver jusqu’à nous, leur musique a eu, elle aussi, à porter sa croix. Elle a dû surmonter bien des difficultés, traverser des murs et passer par des checkpoints. Il y a longtemps que l’art qui naît dans ces contrées doit se justifier.

L’Odyssée des trois frères Joubran -Samir, Wissam et Adnan- relève du parcours initiatique et leur succès ne doit rien au hasard ni à la chance. Venant au ‘oud par étape, chacun d’eux avait attendu d’acquérir une certaine maturité, de faire du luth un choix personnel et non une évidence imposée par l’environnement dans lequel ils ont baigné ni par le parcours de l’aîné de la famille, premier à avoir fait de la musique un choix de carrière. L’aventure les mène aujourd’hui à leur deuxième album, « Majâz ». Vivant une réelle histoire d’amour avec un même instrument, trois personnalités différentes unissent leurs talents respectifs pour offrir au public une musique harmonieuse et unie dans sa diversité. Instinctivement, tout en se délectant de cette mélodie qu’il aborde d’abord comme unique, l’auditeur se laisse prendre au jeu de ces compositions à six mains tout en essayant d’isoler la part qui en revient à chacun. Nerveuse, nostalgique ou enjouée, la musique des frères Joubran ensorcelle. Performances unies ou en solo, compositions réglementées ou sous le signe de l’improvisation, un fil rouge parcoure les onze morceaux de l’album, celui qui annonce la prise du pouvoir par le luth sur l’âme d’un public conquis, aux quatre coins de la planète. De Ramallah jusqu’à Paris, en passant par l’Allemagne, les Etats-Unis et bientôt la Tunisie (les 17 et 19 juillet à Sousse et à Hamamet), les oreilles des mélomanes et des connaisseurs ont fait leur choix, sans attendre l’avis de la critique qui suivra, favorable et enthousiaste, cela s’entend.

Invitation à l’évasion (« Samâ-Sounounou »), au rêve (« Laytana »), à la nostalgie (« Shajan ») et évidemment à l’amour (« Hawâna »), la musique du Trio Joubran séduit tant par ses titres que par sa mélodie ; instrumentale, elle laisse libre choix à l’auditeur d’y poser tous ses désirs, ses blessures, sa tendresse ou sa passion. Pendant tout le temps que durera l’album, leur musique s’imposera à nos cœurs et prendra le contrôle de notre univers…et nous souhaiterons alors qu’elle ne nous le rende jamais.

video