Vendredi 2 avril vers le coup de 20h15. Je suis chez moi et, réflexe habituel, j'allume la radio. France Inter sur les ondes. De ma chaîne stéréo m'arrive la voix de Zoé Varier, l'animatrice de l'émission "Nous autres". Celle qui lui répond parle un français imprégné d'un accent israélien prononcé. La conversation se déroule à Hébron.
Hébron, ville de toutes les tensions, la plus tendue selon de nombreux observateurs de toute la Cisjordanie. Ville palestinienne officiellement -il est toujours bon de rappeler ces détails-là- mais qui fait l'objet d'une colonisation massive. Et des colons des plus agressifs qui n'hésitent pas à se balader armés ou même à aller harceler les familles palestiniennes de temps à autre pour les "inviter" à vider les lieux, à quitter leurs maisons, quand ces derniers refusent de les vendre. Hébron, ville récemment sous les projecteurs -bien pâles il faut le dire- après la décision du gouvernement israélien d'annexer "Le caveau des patriarches" au patrimoine juif israélien. Ce lieu tristement célèbre également pour le massacre qu'y a perpétré Baruch Goldstein en 1994 et qui a fait 29 morts parmi les fidèles palestiniens.
J'avais raté la première partie de l'émission, lorsque l'animatrice s'était invitée chez une famille palestinienne. Mais j'étais arrivée juste à temps pour écouter "Rivka", israélienne vivant dans une colonie d'Hébron. Rivka est révoltée par les décisions précédentes du gouvernement israélien qui montraient de temps en temps les velléités d'un gel de la colonisation. "C'est aberrant de nous empêcher de construire !" clame-t-elle. De toute façon, la politique, elle, ça ne lui dit rien. Ce qui l'intéresse, c'est ce que dit la Torah. Mais Rivka fait quand même la part des choses, elle veut même se montrer limite tolérante. Quand on lui parle des Palestiniens qui habitent à côté, elle affirme :"ça ne me dérange pas qu'ils soient là". Non, ça ne la dérange pas, même s'ils y étaient déjà avant qu'elle n'arrive. "Ils". Les Palestiniens dites-vous ? Non, les "Arabes". Désignation ethnique, non nationale. Et pour cause : désigner ses voisins comme étant des "Palestiniens" signifierait pour Rivka qu'elle reconnaîtrait l'existence d'un pays, d'un territoire qui s'appelle la Palestine. Or "Israël appartient uniquement aux juifs". Une autre manière d'envisager la géopolitique.
Mais tout de même, il faut bien un nom pour désigner cet espace vaguement défini -que reste-t-il de la ligne verte ?- où vivent ceux que certains veulent bien appeler encore Palestiniens ? La Cisjordanie ? Non plus, répond Rivka. "Ce sont des idées politiques". Des idées, abstraites, vagues, savantes. Invérifiables sur le terrain. De toute façon, la vérité, Rivka la connaît et l'énonce sur les ondes, comme une prophétie : la Jordanie, et l'Irak appartiennent aussi à Israël (la "légende" du "Grand Israël" qui irait du Nil à l'Euphrate n'était donc pas un délire d'arabes ?). Et à notre prophétesse (le néologisme est de circonstance) d'ajouter :"Un jour on y arrivera, j'en suis certaine". Mazel tov !
Mais alors, mais alors...une question brûle encore les lèvres de l'animatrice, histoire de bien cerner le schéma tracé à l'encre indélébile dans la tête de Rivka : que faire de tous ces "Arabes" ? Comment s'en débarrasser, pour reprendre la formule ironique d'Ionesco, citée théâtralement par Camus ? Eh bien c'est simple, qu'ils aillent ailleurs ! Si si ! Pourquoi pas ? Ce sont des Arabes après tout, et les pays Arabes, c'est pas ça qui manque (même s'ils ne sont pas cités dans la Torah). Alors voilà, on va se les partager. Oye oye, braves voisins ! Venez vous servir ! Il y en aura pour tout le monde ! Ne vous bousculez pas !
Oui tout ça est passé à la radio, sur l'une des chaînes les plus écoutées de l'Hexagone. Bien sûr, il y aura toujours quelqu'un qui n'aura pas entendu, qui n'aura pas su. Tu ne fermeras point les yeux sur l'injustice, c'est pas marqué ça dans la Torah ?
Hébron, ville de toutes les tensions, la plus tendue selon de nombreux observateurs de toute la Cisjordanie. Ville palestinienne officiellement -il est toujours bon de rappeler ces détails-là- mais qui fait l'objet d'une colonisation massive. Et des colons des plus agressifs qui n'hésitent pas à se balader armés ou même à aller harceler les familles palestiniennes de temps à autre pour les "inviter" à vider les lieux, à quitter leurs maisons, quand ces derniers refusent de les vendre. Hébron, ville récemment sous les projecteurs -bien pâles il faut le dire- après la décision du gouvernement israélien d'annexer "Le caveau des patriarches" au patrimoine juif israélien. Ce lieu tristement célèbre également pour le massacre qu'y a perpétré Baruch Goldstein en 1994 et qui a fait 29 morts parmi les fidèles palestiniens.
J'avais raté la première partie de l'émission, lorsque l'animatrice s'était invitée chez une famille palestinienne. Mais j'étais arrivée juste à temps pour écouter "Rivka", israélienne vivant dans une colonie d'Hébron. Rivka est révoltée par les décisions précédentes du gouvernement israélien qui montraient de temps en temps les velléités d'un gel de la colonisation. "C'est aberrant de nous empêcher de construire !" clame-t-elle. De toute façon, la politique, elle, ça ne lui dit rien. Ce qui l'intéresse, c'est ce que dit la Torah. Mais Rivka fait quand même la part des choses, elle veut même se montrer limite tolérante. Quand on lui parle des Palestiniens qui habitent à côté, elle affirme :"ça ne me dérange pas qu'ils soient là". Non, ça ne la dérange pas, même s'ils y étaient déjà avant qu'elle n'arrive. "Ils". Les Palestiniens dites-vous ? Non, les "Arabes". Désignation ethnique, non nationale. Et pour cause : désigner ses voisins comme étant des "Palestiniens" signifierait pour Rivka qu'elle reconnaîtrait l'existence d'un pays, d'un territoire qui s'appelle la Palestine. Or "Israël appartient uniquement aux juifs". Une autre manière d'envisager la géopolitique.
Mais tout de même, il faut bien un nom pour désigner cet espace vaguement défini -que reste-t-il de la ligne verte ?- où vivent ceux que certains veulent bien appeler encore Palestiniens ? La Cisjordanie ? Non plus, répond Rivka. "Ce sont des idées politiques". Des idées, abstraites, vagues, savantes. Invérifiables sur le terrain. De toute façon, la vérité, Rivka la connaît et l'énonce sur les ondes, comme une prophétie : la Jordanie, et l'Irak appartiennent aussi à Israël (la "légende" du "Grand Israël" qui irait du Nil à l'Euphrate n'était donc pas un délire d'arabes ?). Et à notre prophétesse (le néologisme est de circonstance) d'ajouter :"Un jour on y arrivera, j'en suis certaine". Mazel tov !
Mais alors, mais alors...une question brûle encore les lèvres de l'animatrice, histoire de bien cerner le schéma tracé à l'encre indélébile dans la tête de Rivka : que faire de tous ces "Arabes" ? Comment s'en débarrasser, pour reprendre la formule ironique d'Ionesco, citée théâtralement par Camus ? Eh bien c'est simple, qu'ils aillent ailleurs ! Si si ! Pourquoi pas ? Ce sont des Arabes après tout, et les pays Arabes, c'est pas ça qui manque (même s'ils ne sont pas cités dans la Torah). Alors voilà, on va se les partager. Oye oye, braves voisins ! Venez vous servir ! Il y en aura pour tout le monde ! Ne vous bousculez pas !
Oui tout ça est passé à la radio, sur l'une des chaînes les plus écoutées de l'Hexagone. Bien sûr, il y aura toujours quelqu'un qui n'aura pas entendu, qui n'aura pas su. Tu ne fermeras point les yeux sur l'injustice, c'est pas marqué ça dans la Torah ?
2 commentaires:
Y a pas besoin d'aller bien loin pour constater la haine :
http://www.al-kanz.org/2010/04/03/ccif/
Un arabe tué par 5 juifs et ça ne passe nulle part à la télé, radio, française.
Pourtant lorsqu'un arabe en avait poignardé un autre, parce qu'il avait parlé à sa soeur, on en a entendu parler et reparler à longueur de journée.
Quand on compare l'accueil que reçoivent ces deux informations on peut facilement voir la règle de filtrage de l'information en cours.
Y a une information qui correspond à la ligne éditoriale (ligne de propagande) et une autre information qui, malgré sa réalité et son abjection, ne correspond pas à l'image de la réalité que l'on souhaite donner.
Parce la ligne éditoriale exige qu'on ne divise pas l'opinion publique et qu'on la rassemble autour d'une même image de la réalité.
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