samedi 3 septembre 2011

A absurde, absurde et demi...


Cela fait presque un an que je n'ai pas daigné posté un article sur ce blog. Que d'évènements ont eu lieu entre temps ! Mais un lien partagé sur Facebook m'a finalement décidée à revenir à la charge. Il s'agit d'un post publié par le blog Riposte Laïque qui relayait une vidéo montrant l'intervention d'une jeune militante marocaine lors de la Plénière des Verts. Cette dernière s'attaquait à l'un des invités, à savoir le conseiller du Roi Mohamed VI, en dénonçant la présence du représentant d'une dictature à l'heure où l'on parle de printemps arabe. Je publie et le texte et la vidéo en question :




Une athée marocaine perturbe la fête des Verts en dénonçant la religion d’Etat et son roi…
C’est un grand moment de bonheur, qui dure environ 7 minutes, que cette vidéo nous permet de savourer. L’intervention de Zineb El Rhazoui, lors de la Plénière “Printemps arabes” organisée par le mouvement politique français Europe Écologie Les Verts (EELV), est tout simplement formidable et inoubliable. A la consternation des organisateurs, l’oratrice interpelle le représentant du roi du Maroc, et montre, avec moultes exemples, l’état de la démocratie dans un pays où l’islam est religion d’Etat, où la femme a un statut inférieur, et où tout opposant subit une féroce répression. Elle fait remarquer aux organisateurs le scandale d’inviter un représentant du roi du Maroc à la tribune, quand on ose parler des « printemps arabes ». Elle ose leur demander s’ils auraient invité Ben Ali ! Le contraste entre une tribune livide et un public aux anges est saisissant. Zineb El Rhazoui est la fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI). C’est un collectif né sur Facebook, qui s’est notamment illustré au Maroc dans l’affaire des dé-jeûneurs du Ramadan, en organisant un pique-nique pendant la période de jeûne musulman. C’est donc une vraie combattante, qui milite pour une société réellement laïque, où le droit de ne pas croire, et de ne pas pratiquer, ne se heurte pas aux interdits de la religion d’Etat, l’islam."
  Je fus d'abord interpellée par le titre du post : "Une athée marocaine" (et non une marocaine athée). L'auteur définit donc la militante par sa croyance avant de la définir par sa nationalité alors que nous sommes dans un contexte politique. Mieux, il résume son intervention dans la critique de la religion d'Etat (et du roi) alors qu'elle ose tout de même s'attaquer à des problèmes de fond comme la torture et la liberté d'expression.

La même logique biaisée du personnage sévit tout au long du post : il parle d'un "pays où l’islam est religion d’Etat, où la femme a un statut inférieur, et où tout opposant subit une féroce répression". Il ne faut pas être diplômée en analyse du discours pour savoir que la manière avec laquelle les éléments de cette phrase sont agencés engage forcément un rapport de cause à effet : comme si le statut de la femme ou la répression du régime découlaient de l'Islam comme religion d'Etat. A-t-on donc le droit de tout dire au Maroc quand on est musulman pratiquant ?

"C’est un collectif né sur Facebook, qui s’est notamment illustré au Maroc dans l’affaire des dé-jeûneurs du Ramadan, en organisant un pique-nique pendant la période de jeûne musulman. C’est donc une vraie combattante". Là encore, je ne m'explique pas ce "donc". Adieu les Abraham Serfati et autres Abdellatif Laabi qui ont passé des années ds les geôles de Hassan II. Etre militant aujourd'hui, c'est "donc" manger du kaab ghzal dans la forêt durant le ramadan. Quant au mouvement MALI, je me souviens encore, pour l'anecdote, de leur présidente qui parlait sur le plateau de TV5 de la "communauté marocaine au Maroc". Pauvres Marocains, minoritaires ds leur propre pays... 

Pour la comparaison entre Ben Ali et Mohamed VI, notre militante fait aussi fausse route : la principale différence entre les deux c'est que les Tunisiens en avaient marre de Ben Ali ET de son système. Au Maroc, c'est une très faible minorité qui conteste l'existence d'un Roi. La plupart des Marocains en veulent plutôt au système et demandent une monarchie à la britannique où, tout en continuant à être là (la valeur de la monarchie pour les Marocains est aussi historique, c'est une partie de leur patrimoine), le Roi aurait des pouvoirs limités (autrement dit une véritable monarchie parlementaire). C'est donc plutôt cet aspect -et non la religion d'Etat- qui fait défaut dans la pseudo-réforme constitutionnelle engagée par Moahmed VI. Pour rappel, l'anglicanisme est également religion d'Etat en Grande Bretagne, ça n'en est pas moins une démocratie (je dis cela à titre informatif tout en demeurant favorable à la séparation entre politique et religieux).

Bref, le mélange morbide que les islamistes font entre politique et religion n'a d'équivalent que l'amalgame tout aussi déplorable que les laïcards font entre Islam et oppression en se trompant d'ennemi. Lorsqu'on est militant, on milite pour le peuple, ni contre lui, ni pour le métamorphoser. Ceux qui tiennent ce discours devraient regarder de temps en temps derrière eux pour voir combien les suivent et s'ils peuvent attirer par leurs anathèmes autant de sympathisants que les principales revendications du Mouvement 20 février ("le peuple veut la chute du Makhzen") ont réussi à mobiliser... Il est dommage que tant de choses justes pointées par Mlle Zineb -comme la conciliation que témoignent les politiques français à l'égard des dirigeants marocains- soient noyées ds de telles absurdités...

2 commentaires:

Intuitionniste Nihiliste a dit…

Je trouve votre "logique" absolument scandaleuse.

"comme si le statut de la femme ou la répression du régime découlaient de l'Islam comme religion d'Etat"

Mais ABSOLUMENT. C'est l'islamisme le cœur du problème. C'est ce type de régime qui piétine les femmes et décapite les non-croyants. à lire le titre de votre blog "courant alternatif" j'ai cru que vous avez tout compris de l'arnaque de la religion politisée. Mais apparemment vous souffrez d'un dédoublement de personnalité.

"Lorsqu'on est militant, on milite pour le peuple, ni contre lui, ni pour le métamorphoser. Ceux qui tiennent ce discours devraient regarder de temps en temps derrière eux pour voir combien les suivent"

ça c'est le summum du scandale ! On milite pour le bien du peuple et non AVEC le peuple. On milite pour défendre ses idées, ses convictions profondes qui ont pour but d'améliorer la condition de vie du peuple. Mais qui te dit que ce n'est pas la minorité qui a raison ? Si c'est une minorité alors elle n'a pas le droit de militer ? En fait c'est cette façon archaïque de penser qui nous détruit de l'intérieur nous les arabes. On va toujours avec le plus gros troupeau de moutons. Nos cerveaux sont juste là pour remplir nos cranes, pas plus.

Et enfin, bizarrement tu ne parles pas du fond du sujet. Cette fille (Zeineb) a tout à fait raison ! Elles est où la liberté de croire ou ne pas croire en ce qu'ils veulent ? Pourquoi le Roi est plus avantagé qu'un autre citoyen marocain ? N'est-il pas un homme comme lui ? Elle est l'égalité entre l'homme et la femme ? Bref, tu ne parles que de sujets secondaires qui n'ont rien à voir avec le fond du problème.

Sarra Grira a dit…

Une monarchie religieuse est différente d'une république islamique, il est donc mal approprié de faire la comparaison entre la monarchie marocaine et les régimes islamistes. Si vous aviez lu -ou saisi- le passage où je parlais de la couronne britannique, vous vous seriez évité un tel amalgame et vous auriez compris la nuance du propos de même que mon opinion sur le sujet -m'attendant à des réactions épidermiques comme la vôtre, j'ai bien précisé que je n'étais pas favorable à un régime religieux.

L'intitulé du blog ne signifie pas "alternative à la religion politisée" comme vous l'avez compris car cette alternative existe déjà. Il s'agit plutôt d'une alternative au raisonnement manichéen que vous représentez de manière excellente : islamisme ou laïcité agressive. Le dernier paragraphe qui renvoyait dos à dos ces deux extrémismes aurait également dû vous éclairer sur le sujet.

Quant au "sommum du scandale", votre vision est bien paternaliste. Vous prenez les gens de haut et refusez que le militant soit dans les rangs du peuple. Un raisonnement d'élite en somme. Vous confondez "peuple" et "troupeau". La minorité ? Bien sûr qu'elle a le droit de militer mais pour préserver ses droits de minorité et non en prétendant représenter la majorité. La démocratie très cher, c'est justement le respect de l'avis de la majorité tout en préservant les droits de la minorité. Autrement, bonjour l'oligarchie.

Enfin, vous m'accusez de ne retenir que les sujets secondaires sans m'attaquer au fond du problème. Je souris à votre accusation tout en achevant de me demander si vous avez réellement lu mon article. Se concentrer sur les sujets secondaires et oublier le fond du problème, c'est précisément ce que je reproche à l'auteur de ce post (me voici dans l'obligation de me citer :"Il est dommage que tant de choses justes pointées par Mlle Zineb -comme la conciliation que témoignent les politiques français à l'égard des dirigeants marocains- soient noyées ds de telles absurdités"). Je vous signale également que j'ai critiqué la pseudo-réforme engagée par le Roi, son système de monarchie absolue et non parlementaire et qu'en évoquant des noms comme Serfati ou Laabi, je me réfère à un militantisme marocain digne de ce nom. Mon article n'est pas là pour analyser la situation au Maroc, ce n'est guère plus qu'une réponse à un post qui n'a parlé ni d'égalité ni de pouvoir absolu mais s'est acharné à parler de religion de manière tout aussi absurde que la vôtre. Prenez le temps de lire et d'assimiler le propos la prochaine fois avant de vous lancer dans un procès où vous vous laissez tellement emporter que vous ne savez plus si vous me vouvoyez ou me tutoyez (ce n'est pas de la susceptibilité de ma part mais de l'ironie, dois-je préciser puisque les nuances semblent vous échapper...).